Conflict beyond law and regulation. From the Gilets Jaunes uprising to the spontaneous strike wave in Italy at the early stage of the pandemic

Paper presented at the 40th International labour Process Conference in Padua (Italy) 22-24th of April 2022

In recent years, we have observed the resurgence of unregulated and disruptive conflict, with a lot of uncertainty regarding usefulness of social regulation. Our paper will investigate two major cases. The first is the well known Gilets Jaunes revolt in France. This revolt was initiated in November 2018 against hiking prices and impoverishment but developed itself as a huge social uprising against Macron and his governance. This mobilisation, which lasted several months, was not supported by instituted and representative structures such as trade unions. Second, we will analyse the spontaneous strike movement in Italy that occurred at the early stage of the pandemic, in order to stop production and to hold back contaminations of Covid-19. The paper proposes to investigate this kind of conflict at three levels:

1 What are the commonalities, beyond the singularities of each mobilisation? Does the exteriority towards institutional and legal frameworks have common origins? Is it assumed or rather imposed, or both?

2 What are the class dynamics involved, formulating the hypothesis that there is a class-based community of destiny, in formation. This process is also marked by the main narratives held by the actors themselves as much as by the strength of the mobilisation and the opposition it encounters.

3 Is it possible to identify a common horizon and a level of agreement regarding the means to achieve this or should we first of all recognize the heterogeneity and fragmentation, both on the objective and subjective level?

My paper is based on qualitative field research among the Gilets Jaunes (January-March 2019), the analysis of a large scale survey with 4000 respondents as well as an ongoing survey among trade union activists  and workers in Italy.

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ConflictBeyondLaw-Bouquin-ILPC-Padua

Les résistances au travail en temps de crise et d’hégémonie managériale

Si la question du rapport au travail est restée présente dans les débats du champ académique, c’est beaucoup moins le cas pour celle des résistances au travail. Omniprésente lorsque les modèles productifs et les régimes de main-d’oeuvre étaient dominés par le paradigme taylorien et fordien, la question s’est évanouie, du moins en France, à partir des années 1990 et ce, jusqu’il y a peu. Les résistances au travail avaient cédé le pas à la domination, le consentement et la servitude. A contre-courant d’une lecture déterministe et unilatérale, l’auteur défend une orientation reconnaissant l’existence de conduites informelles, non seulement d’ajustement ou de type ludique, mais aussi la persistance de conduites d’opposition, que ce soit le freinage, les larcins, la perruque, voire des formes clandestines de sabotage. (…)

Chapitre publié dans Daniel Mercure (coord.), Les transformations contemporaines du rapport au travail (2020), Presses de l’Université de Laval, p.177-198.

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Raisons d’agir (ou pas)

Depuis début janvier, 2020, en l’absence de cours et avec peu de partiels, j’entame une « immersion » dans les mobilisations. Parfois en visitant des assemblées générales, des piquets ou encore en participant à des manifestations, à Paris et en province (Amiens, Montpellier). L’objectif est d’écouter, de participer à des discussions et prendre la « température ». Pour bien faire, il faut surtout savoir perdre son temps… Ce n’est pas totalement de l’observation participante, même si il y a des analogies. Dans le jargon militant, ce type de pratique existent et s’appelle faire un « travail de bouton de veste ». Certains le font en parlant beaucoup trop, à l’instar des Témoins de Jéhova. D’autres le font en sachant tendre l’oreille, en glissant ici et là une idée pour susciter la discussion, pour ensuite savoir convaincre et gagner l’adhésion évidemment. Pour ma part, j’ai opté pour une formule de type « reportage », proche d’un journalisme attentif à tous les détails, tout en essayant de comprendre le sens des mots utilisés par mes interlocuteurs.

extrait de Bouquin S. (2020), « Raisons d’agir (ou pas) ? », in Les Mondes du Travail, Hors-série mobilisations et grèves, mars 2020, (pp. 75-86).

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La Commune du Rojava

Bouquin S., Court M., De Hond C. (coord.) (2017), La Commune du Rojava. L’alternative kurde à l’État-nation, Paris, Éditions Syllepse (Paris), 274 p.

À l’été 2014, alors que les pays de la région, l’ONU et l’OTAN assistent impuissants à l’avancée des jihadistes, le monde découvre les combattant·es kurdes qui ont fait reculer Daesh à Kobané, cette petite ville devenue symbole. Le sacrifice de ces jeunes femmes et de ces jeunes hommes était bien sûr motivé par la nécessaire résistance à la barbarie de l’État islamique, qui s’est déchaînée contre les  Yézidis de la région de Sinjar. Mais cette détermination s’appuyait sur autre chose : la conviction qu’une société libre démocratique et égalitaire pour toutes et tous est possible, au Rojava mais aussi en Turquie. Autrefois imprégné par le marxisme-léninisme, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a dressé un bilan sévère des régimes bureaucratiques et autoritaires d’Europe de l’Est. Il a également pris ses distances par rapport au nationalisme et a questionné la pertinence de revendiquer un État-nation kurde. Emprisonné depuis 2000 et influencé par le libertaire écologiste américain Murray Bookchin, le fondateur du PKK, Abdullah Öcalan, a appelé à l’élaboration d’un nouveau paradigme qui confère à la démocratie directe un rôle pivot de la transformation sociale. En pleine guerre nourrie par des conflits intercommunautaires et des conflits d’intérêts géopolitiques, l’égalité entre les sexes, l’inclusion des minorités et la démocratie de conseils (quartier/village/canton) donnent corps à une révolution. Dans une région dominée par les tribus et les clans, s’est développée au Rojava une pratique d’inclusion et de représentation sur un pied d’égalité de toutes les minorités ethniques ou religieuses. Dans un contexte régional où les femmes sont au mieux privées de toute autonomie, le Rojava a inscrit l’égalité totale entre les genres dans sa charte, tandis qu’en Turquie, le Parti démocratique des peuples (HDP) instaurait le principe d’une double représentation femme-homme dans toutes les fonctions de responsabilité et envoyait au parlement des élu·es gays-lesbiennes, des Arméniens et des Assyriens. On dit de la poudrière du Moyen-Orient qu’une nouvelle guerre mondiale peut s’y déclencher. Mais on y voit naître aussi des idées et des pratiques qui montrent qu’un autre monde est possible.

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Temps durs et dur labeur. Un retour critique des modèles productifs de l’ère néolibérale

Bouquin S., Stewart P (2011), « Temps durs et dur labeur. Un retour critique des modèles productifs de l’ère néolibérale », in Jacquot L., Higele J-P., Lhotel H., Nosbonne C.(coord.), 2011, Formes et structures du salariat (Tome 1 : De la construction sociale du rapport salarial), Nancy, PUN, coll. « Salariat et transformations sociales »., pp. 198-210.

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